21 avril 2018

572ème semaine de Sarkofrance: le 21 avril d'Emmanuel Macron

Il y a un an, le résultat du premier tour des élections présidentielles provoque un choc. C'est le grand dégagement. Les deux candidats des partis historiques de gouvernement sont éliminés froidement. Hamon, Fillon, aux oubliettes. S'engage alors une campagne de second tour centrée autour du "sursaut républicain", un référendum "anti-Le Pen". Quiconque émet un doute sur les réelles chances de succès de la blonde immonde, ou exprime une hésitation voire un refus à se déplacer pour ne pas donner des ailes au jeune Macron au programme si flou est aussitôt traité de traître, de salaud, voir de complice de l'extrême droite.

Tout ça pour ça. 

La prochaine fois, probablement en 2022 vu les sondages, ce sera l'abstention.


#21Avril
Le 21 avril semble être devenu l'une de ces dates marqueurs de l'extrême droite en France. Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen parvenait au second tour de la présidentielle française sur la base d'un discours et de propositions xénophobes.

En 2002, Le Pen s'indignait des "Français de papier", de "l'immigration incontrôlable", du "droit d'asile perverti". Il réclamait déjà des restrictions au droit d'asile qui au paraissent bien timorées au regard de la loi Collomb: "Ce droit", écrivait Le Pen dans son programme présidentiel de 2002,"ne pourra plus être accordé qu’à des personnes subissant, directement à titre individuel, une grave persécution de la part de leur État d’origine."

Seize ans plus tard, jour pour jour après ce premier choc présidentiel, Emmanuel Macron va plus loin que les revendications de Jean-Marie Le Pen. A tel point que sa fille vote des deux mains et avec le sourire, un à un, les articles les xénophobes de cette loi

Les ex-socialistes ou ex-écolos égarés dans cette galère macronistes se réfugient derrière les maigres avancées du droit des migrants comme la création d'une carte pluri-annuelle de séjour (article 1), l'extension aux familles du bénéfice de l'asile (article 2 et 3), ou l'exclusion de la liste des pays considérés comme "sûrs" de ceux où les homosexuels sont persécutés.  Mais pour le reste, cette loi n'avait plus qu'à être votée avec plaisir et gourmandise par l'extrême droite et la droite furibarde, trop heureuses d'avoir trouvé dans la République en Marche les "idiot.e.s. utiles" de leur xénophobie.

Le Code de la Honte
Macron fait donc voter par une majorité godillot une loi baptisée "Immigration maîtrisée, droit d'asile effectif et intégration réussie" avec le concours des voix de la droite ... et de Marine Le Pen.

Un énième sondage nous "garantit" que si l'élection présidentielle se tenait aujourd'hui, Macron creuserait l'écart sur ses concurrents au premier tour, avec 36% des suffrages. Si l'on en croit le même sondage, c'est justement sur son flanc droit et droit-extrême que Macron a siphonné le plus de voix en à peine un an.

Il y a juste deux mois, le 21 février 2018, le groupe macroniste avait décidé de faire passer cette loi en "procédure accélérée". Où est l'urgence sinon celle de limiter les débats ? D'ailleurs, le même groupe a ensuite décidé que le vote final aurait lieu ce weekend.

Il fallait se cacher et faire vite pour adopter ce Code de la Honte comme l'ont baptisé les associations en plein weekend de vacances de Pâques.

A l'Assemblée, article après article, les députés socialistes, communistes, écologistes et insoumis, écrasés par le nombre, se succèdent pour souligner l'injustice et l'inefficacité du texte, et énumérer les oppositions de la société civile à ce texte indigne: le Défenseur des Droits (Jacques Toubon), les intersyndicales de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et de l'Ofpra, 440 associations dont la CIMAD, Emmaüs, Amnesty international, ou Human Rights Watch.

Macron si rapide à caricaturer la moindre opposition se tait face à celle-ci. Il se réfugie dans des comparaisons européennes, dans cette Union qui tolère le fasciste Viktor Orban ou l'extrême droite autrichienne au gouvernement. Il reprend les arguments de l'extrême droite: " Nous sommes face à un phénomène migratoire inédit qui va durer. (...) Nos concitoyens les plus modestes, qui subissent les conséquences d’une immigration non maîtrisée." Il relativise les droits humains au nom du pragmatisme. 

"La France ne peut pas prendre toute la misère du monde" explique Emmanuel Macron: les demandeurs d'asile, déboutés ou pas, ont représentés 0,14% de la population française l'an dernier.


"Il faut lui donner sa chance". 
Combien de fois avons-nous entendu cela de supporteurs gênés par la tournure des évènements ? Combien de fois avons-nous entendu ce déni léger et gêné quand on pointe celles des mesures macronistes qui devraient heurter au coeur même des sympathisants macronistes. Lisez donc cette loi. Lisons-là ensemble puisque vos lunettes sont troubles. Lisons-là à voix haute pour comprendre comment cette loi rend désormais relatifs les droits humains fondamentaux. Puisque la France serait "bousculée" par l'afflux de migrants représentants 0,14% de sa population, la République s'affranchit d'une partie de son histoire humaniste:

Son article 5, dont les objectifs ont été réécrits dans une novlangue technocratique assez ignoble quand on comprend le sens des mots (la "maîtrise des délais d’instruction et de dissuasion des demandes pouvant apparaître comme étrangères à un besoin de protection"),  réduit de cent-vingt à quatre-vingt-dix jours  le délai pour déposer une demande ("délai courant à compter de l’entrée sur le territoire et au-delà duquel le dépôt d’une demande d’asile peut entraîner, à la demande de l’autorité administrative, l’examen de celle-ci selon la procédure accélérée);"  il simplifie et accélère les procédures de l'OPFRA par d'autres moyens: convocation à l’entretien individuel adressable par tout moyen (la non-présentation à l'entretien valant refus d'asile), choix d'une langue de dialogue parle demandeur d’asile (l'absence de choix valant refus d'asile), notification des décisions d'asile par écrit

Son article 6 réduit à quinze jours le délai de recours en justice pour l’ensemble des décisions de rejet de l’OFPRA, et prévoir une procédure simplifiée (jugement par videoconférence) pour juger les recours des déboutés. L'article 8 supprime notamment le caractère suspensif d'une demande de recours. Un débouté (ressortissants de "pays d’origine sûrs", demandeurs déjà déboutés une fois) pourra être expulsé même si son recours aboutit ultérieurement.

L’article 16, que la droite et l'extrême droite ont tenté de durcir encore, interdit aux étrangers placés en rétention toute communication pendant ses transferts, encadre les conditions de jugement du juge des libertés pour les décisions de rétention, porte la durée maximale de rétention à quatre-vingt-dix jours, en portant à trente jours la durée de la deuxième prolongation de la rétention. Le gouvernement voulait allonger ce délai jusqu'à 135 jours. Quand des député.e.s modem, socialistes, communistes et insoumis tentent de convaincre qu'il faut exclure les mineurs de la rétention, leur amendement est débouté.>

Pour "renforcer l’efficacité de l’éloignement", le même article permet de prolonger la rétention administrative au-delà de cette limite pour "contrer les stratégies d’obstruction à l’exécution de la mesure d’éloignement dans les derniers jours de la rétention".

L'article 19 ouvre le contrôle de l'identité, jusqu'à l'arrestation pendant 24 heures par "un policier ou un gendarme n’ayant pas la qualité d’officier ou d’agent de police judiciaire de procéder à diverses vérifications pendant la retenue, sous le contrôle de l’officier de police judiciaire."

Jeudi soir, les quelques députés macronistes présents dans l'hémicycle votent ainsi cette réduction de 120 à 90 jours du délai de dépôt d'une demande d'asile, puis l'ensemble de cet article 5, avec le soutien de la droite et de l'extrême droite.

Avions-nous voté pour cela ? 

Non.

"Nous n'avons pas voté pour Emmanuel Macron il y a un an pour battre le FN (...) pour ensuite voir Mme Le Pen vous apporter son renfort pour démanteler le droit d'asile !" Laurence Dumont, députée socialiste. 

Vendredi, interruption de séance, mais samedi dernière ligne droite. L'hémicycle contient juste ce qu'il faut de députés LREM, de droite et d'extrême droite pour faire passer le reste des articles.


Le drôle de pacte de la Macronista.
En coulisses, Macron suit de près. Son interview-putching ball de dimanche soir l'a parait-il agacé. L'Elysée a appelé les autres chaînes de télévision à cause de la concurrence déloyale, ces dernières ayant proposé des programmes trop puissants qui ont fait ombrage au show télévisuel sur BFM TV. Un peu plus de 3 millions de téléspectateurs étaient présents pour observer deux vrais journalistes s'affronter un jeune monarque qui ne comprenait pas qu'on ne l'appelle pas Monsieur le président.

Quelle distance les journalistes doivent-ils avoir avec leur "sujet" ? Il est déjà curieux de poser la question. L'impartialité version macronista a un autre nom,la complaisance et la connivence. Dimanche, Macron était tel Mélenchon: assiégé, bousculé, harcelé de questions qui l'indisposent par des journalistes qui ne ne sentent pas obligés ni convaincus. Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin ont ringardisé l'interview présidentielle.

Sur les réseaux sociaux, le Parti médiatique s'incarne enfin/

Quand Mélenchon l'avait fustigé il y a quelques semaines, une meute lui était tombée dessus, l'accusant des pires maux. Ce dimanche soir, le concert convergent des critiques de journalistes contre les deux journalistes à l'oeuvre valait mieux que tout communiqué ou toute accusation. Sans se concerter, une tribu d'éditocrates surmédiatisés s'est lâché, heurtée par le "manque de respect", les "questions orientées", ou "l'insistance" des deux journalistes. Il fallait donc remercier Emmanuel Macron pour ce moment de révélation.

Merci patron.

La grève de la SNCF devrait se poursuivre jusqu'à l'été.

La chienlit Macron
A Notre-Dame-Des-Landes, l'évacuation des récalcitrants vire au fiasco. 11 000 grenades qui ont été tirées, et près de 8000 lacrymogènes dont 3000 explosives... Une évacuation calme et sereine...

 Même les gendarmes et les CRS s'iqnuiètent de la nullité qui les gouvernent. Macron explique à la télévision qu'il ne veut que des projets agricoles, mais ses CRS casqués ont commencé par raser au bulldozer la Ferme des Cent Noms installée depuis 5 ans. Depuis l'intervention brutale, la violence a pris le dessus des deux côtés. Nicolas Hulot, silencieux, est envoyé à Nantes, en vain. Personne ne l'écoute. Pourquoi d'ailleurs écouter son appel à la soumission ? Dix jours après le début de l'intervention armée pour raser les habitations sauvages et déloger à coups de lacrymogènes les habitants, l'ex-égérie de l'écologiev s'agenouille: "Il n’y a pas d’autre issue que de saisir la main du gouvernement . (...) Ne ratons pas la dernière étape, ne rentrons pas dans une spirale de posture, de confrontation, de violence. Ne confondons pas écologie et anarchie. Et passons à une autre étape." Macron braille au rétablissement de l'état de droit quand on le voit faire la bise au nouvel homme fort et boucher islamiste d'Arabie Saoudite.


La loi sur le "nouveau pacte ferroviaire" est votée mardi. C'est en fait une loi qui habilite le gouvernement à légiférer par voie d'ordonnances sur 6 sujets: "réformer le groupe public ferroviaire, les entités qui le composent et le régime juridique des personnels" (Article 1er), "transposer en droit national la directive européenne" d'ouverture du marché des transports ferroviaire de voyageurs (Article 2), "réformer les services publics conventionnés de transport ferroviaire de voyageurs" (Article 3), "adapter le système ferroviaire dans le cadre de l'ouverture à la concurrence" (Article 4), "mettre le droit national en conformité avec les trois textes du pilier « technique » du quatrième « paquet ferroviaire » européen" (Article 5), et modifier les compétences de l'Autorité de Régulation des Activités Ferroviaires et Routières (Article 6).

Source: cimade
Notez l'artifice, l'hypocrisie du vocable choisi par l'équipe macroniste: elle qualifie de "pacte", c'est-à-dire un "accord solennel conclu entre plusieurs personnes" (d'après le Larousse), un texte qui l'autorise à changer la réglementation, de surcroît sociale, sans débat parlementaire. La novlangue pollue jusqu'aux intitulés de lois.

Mercredi, Macron est à Saint-Dié. Il est hué, gravement hué.  Alors il s'énerve. On est loin du "président de tous les Français." Il y a des Français qui le sont moins que d'autres dans l'esprit du jeune monarque. A Saint Dié, Macron rencontre un échantillon de Français: des cheminots qui l'interpellent, une infirmière en grève, des retraités mécontents.  Il se lâche sur un micro à sa portée et dénonce ces "activistes, (...) ces gens qui décident d'être contre tout, qui sont contre la République. (...) Ils veulent rien, ils veulent bloquer, ils veulent contester. (...) Je n'ai pas grand-chose à leur dire."

Merci Macron, merci patron.

Le risque de l'exaspération.
Mercredi, l'université parisienne de Tolbiac est évacuée dans la nuit, sans morts ni blessé grave, officiellement. La violence de l'expulsion des étudiants n'a d'égale que le mépris présidentiel affiché par Macron quelques jours avant.

Samedi 21 avril, deux jours après l'évacuation, il y a débat et picnic juste en face de la fac. Une évacuation pour rien.

A Sciences Po, une banderole "Non à la dictature macronienne" orne une entrée bloquée. Quelques éditocrates raillent la démarche. Dictature ?  "Aujourd’hui, nous occupons Sciences Po pour bloquer la production de ce savoir dominant qui forme les fondations du monde actuel qui sont classistes, racistes, sexistes."