18 novembre 2017

550ème semaine politique: Macron est-il vraiment comme Sarkozy, mais en mieux ?

 

 

Où cela fait bientôt 7 mois depuis l'élection présidentielle que l'évidence s'impose, Macron est Sarkozy en mieux.

C'est-à-dire en pire.


"Le nouveau gouvernement et le nouveau président sont proches de mon mari, ils lui demandent des conseils comme on le fait à des parrains." Cette confidence récente est de Carla Bruni, l'ex-première dame redevenue chanteuse (elle sort un album ces jours-ci), mais sur-liftée pour paraître éternelle. Elle fait à peine quelque bruit tant elle conforte l'évidence: Macron, Sarko même combat. Mieux, Macron est en passe de réussir là où Sarkozy avait échoué. Comme s'il avait bien étudié les travers de ce quinquennat indécent pour mieux les corriger une fois parvenu à l'Elysée.

Un temps, Macron a voulu faire croire, et d'autres avec lui, qu'il n'était que cette incarnation réussie de la "France du centre (droit)". On se souvient de Juppé, rigolard, en janvier 2016, à propos d'Emmanuel Macron: "Je suis l'original et il est la copie." On en rigole encore aujourd'hui.

Présidents des riches
Comme Sarkozy avec Chirac, Macron a lâché Hollande un dernier mardi d'août 2016. Il démissionne du ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. Quelques supporteurs sincères de Hollande osent croire que c'est pour soutenir leur mentor. "Macron n’incarne que le vide" commente Jacques Attali, toujours en avance sur son temps (sic!).

Comme Sarkozy, Macron a été élu largement, mais d'abord soutenu par un premier cercle financier. Sarkozy avait la machine UMP, et quelques généreux donateurs tels Mme Bettencourt. Macron est parvenu à réunir près d'une vingtaine de millions d'euros en toute discrétion, avec l'aide de quelques agences et une levée de fond digne des meilleures start-ups.
 
Comme Sarkozy, Macron n'a pas oublié ceux qui lui ont permis d'être roi. Il a rapidement renvoyé l'ascenseur vers ces "premiers de cordée" dont une belle part fait la une des Paradise Papers quelques mois plus tard. Comme Sarkozy, le voilà affublé du nécessaire qualificatif de président des riches. Sarko avait assoupli le bouclier fiscal, multiplié les formules de défiscalisation pour les plus riches (TEPA), défiscalisé la rente et l'héritage. Macron est allé plus loin en supprimant l'ISF sur le capital et en abaissant l'impôt sur les revenus du capital et la spéculation. Défiscaliser la spéculation, renommer cela "relance", Jupiter est un génie.

Macron efface l'un des rares succès du quinquennat Hollande, l'égalité fiscale entre les revenus du travail et ceux du capital.

Le coût pour les finances publiques se chiffrera en plusieurs milliards d'euros mais les pauvres se taisent. A l'inverse, comme son mentor, Macron lance un énième plan d'économies contre ces dépenses publiques qui exaspèrent la France d'en haut. N'imaginez aucune traque aux niches fiscales épargnées par la mandature précédente. Non, il faut frapper cette "addiction à la dépense publique" comme l'explique dès l'été son ministre du budget Darmanin, un sarkozyste pur jus. Les économies porteront sur les aides au logement, les emplois aidés dans les collectivités locales et les associations, et les hôpitaux, le gel des salaires des fonctionnaires "En même temps", Jupiter et son premier collaborateur Philippe multiplient les signes pour "attirer la finance internationale." Jusqu'à supprimer la plus haute tranche d'impôts des salaires de la finance. Et inviter une cinquantaine de leurs représentants pour un joli dîner à l'Elysée. Croyez-vous que Macron inviterait une cinquantaine de syndicalistes dîner à l'Elysée ? #uberlol.

Dans les pas du Medef
Hollande a voulu être le président des patrons - CICE, pacte irresponsable, loi El-Khomri - ses mesures les plus emblématiques de son revirement par rapport à sa campagne de 2012 sont là. Son échec aussi. Même Sarkozy n'avait pas réussi. Macron est allé plus loin encore.

Parvenu au pouvoir, Macron dévoile enfin le contenu précis de sa réforme du travail. On savait qu'il n'était pas Che Guevara. Mais il est faux de dire que c'est une promesse de campagne. Sa promesse était floue. Mais il ne commet pas l'erreur de Sarkozy (qui passe en force) et de Hollande (qui trahit et passe en force). Il noie les syndicats au coeur de l'été dans une multitude de réunions bilatérales sans jamais dévoiler les détails. A la rentrée, il passe en force, avec des ordonnances, la réforme la plus rétrograde pour les droits des salariés que la Vème République ait connue. Même Sarkozy n'avait pas osé.

Hollande avait lancé un plan contre la pauvreté dès le début de son quinquennat. Comme Sarkozy, Macron préfère placer ses urgences sur l'assouplissement du code du travail, la réduction des aides sociales, et la défiscalisation des plus riches.


International: le coup de bol
Nicolas Sarkozy est admiratif d'Emmanuel Macron. Même en matière de politique internationale, Jupiter a "le cul bordé de nouilles".

L'Amérique élit un épouvantail grossier, raciste, misogyne. Jupiter a de la chance, le cousin américain est à terre quand il est élu. Sarko n'a pas eu cette chance. Il a voulu  jouer au faux jeune Kennedy en mai 2007. Mais 18 mois plus tard, déjà affaibli par ces travers bling-bling et capricieux, il est écrasé par le plus jeune, le plus sexy, le plus moderne Barack Obama. Un Noir chic et cool ringardise d'un sourire le "Français de sang mêlé" devenu défenseur de l'identité nationale. Face à Trump, Macron n'a même pas besoin de parler. Trump est régal, un adversaire facile, l'ennemi des bien-pensants. Et pourtant Macron le soigne, l'invite à Paris pour le 14 juillet comme Sarkozy l'avait fait avec Bachar el Assad en 2008.

Comme Sarkozy, Macron célèbre Poutine. Il ne s'agissait pas de faire la guerre à l'autocrate russe, mais pourquoi donc le célébrer à Versailles ? Comme Sarkozy, Macron surjoue son amitié avec les pays du Golfe les plus rétrogrades. Jusqu'à nier l'évidence récente de l'éviction du premier ministre libanais par l'Arabie Saoudite.

La République en laisse
Comme Sarkozy, mieux que Sarkozy-  attentats obligent - Jupiter abime notre démocratie au nom de la lutte contre le terrorisme. Sa énième loi sur la sécurité, qui n'a rien à envier aux précédentes lois sarkozystes qu'Hollande avait maintenu, entérine quelques points essentiels et détestables de l'état d'urgence dans notre droit commun.

Comme Sarkozy, Macron débauche Hulot. Car comment qualifier autrement la nomination en grandes pompes de Nicolas Hulot dans un gouvernement qui se fiche autant de l'écologie. C'est à peine moins ridicule que l'épuisant Grenelle de l’environnement de 2007 qui ne déboucha que sur un abandon général de toute ambition écologique deux plus tard. Jupiter prend moins de précaution. Il fait avaler couleuvres après couleuvres à l'ex-animateur de TF1: recul sur les perturbateurs endocriniens, abandon du soutien français sur la taxe européenne sur le climat, et maintenant abandon de l'objectif de réduction de l'électricité d'origine nucléaire.

Moi, Nicolas ou Moi, Jupiter.
Il y a une dizaine de jours, Jupiter confie à ses proches qu'il évite les rencontres Bling Bling. Trop  dangereux pour son image, et Sarkozy l'a payé cher. Ce souci du contrôle, au-delà de l'hypocrisie, fait sans doute une grosse différence avec la Sarkozy 2007 qui se faisait inviter par des amis milliardaires en tous genres.
"Lundi 13 novembre, le jeune monarque et son son épouse Brigitte sont allés voir Fabrice Luchini au théâtre. Puis ils ont dîné au restaurant avec le comédien et sa compagne. "

Il n'empêche. Jupiter est à peine plus discret. Il sait être tout autant méprisant. Sarkozy incarnait maladroitement la France d'en haut, Macron ressemble au contraire à l'un de leurs travailleurs détachés. Ses lapsus qui n'en sont pas puisqu'ils sont si souvent écrits à l'avance, toujours préparés avec soin pour être correctement filmés, témoignent d'un mépris de classe. De la gare "lieu où l'on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien" aux "fainéants" qui devraient bosser pour s'acheter un costume, de sa "pensée trop complexe" pour mériter une contradiction journalistique en direct à ses énervements si rapides en public contre des manifestants ouvriers, Macron a largement dépassé son maître en quelques 7 mois de quinquennat.

Comme Sarkozy, Macron centralise le pouvoir. Le premier ministre est effacé, un pantin désigné pour vendre la sauce macroniste dans les médias tandis que Jupiter se cache et se protège. Comme Sarkozy, les vrais ministres sont à l'Elysée. Les hommes du monarque ont plus de poids que les ministres. Mais ils  ne sont redevables qu'à Jupiter. Ils ne sont jamais interrogés par l'Assemblée nationale - séparation des pouvoir oblige. Ils ne se justifient jamais devant la presse. Macron a monarchisé encore davantage une Vème République déjà peu démocratique.

Comme Sarkozy, Macron tient son parti. Le story-telling d'un mouvement populaire, démocratique et spontané lancé en avril 2016 était une affaire de publicitaires. Ce weekend, le fidèle et opportuniste Christophe Castaner a été choisi par Macron pour être élu sans rival à, la tête de La République en Marche. Castaner est l'une des meilleures incarnations du versant gauche de la Macronista, l'homme de tous les revirements pourvus qu'ils servent Jupiter. Et une centaine de Marcheurs ont quitté le navire, avec grand bruit.


Au final, il ne manque qu'une chose pour que la gémellité soit parfaite, un ministère de l'identité nationale.


Ami sarkozyste, réjouis-toi.
Ami socialiste, réveille-toi.
Ami macroniste, qui es-tu vraiment ?